Beatrice Alemagna revient sur ses débuts d’autrice-illustratrice

Beatrice Alemagna revient sur ses débuts d’autrice-illustratrice

L’autrice-illustratrice italienne, Grande Ourse du Salon du livre et de la presse jeunesse 2023, raconte combien cette distinction est tout un symbole pour elle.

Dans le salon du Train Bleu de la gare de Lyon à Paris où nous nous rencontrons Beatrice Alemagna rayonne. Elle a retrouvé ses esprits et la maîtrise de la parole. Plus aucune trace des larmes qu’elle n’a pas pu retenir lors de la remise officielle de la Grande Ourse. La cérémonie s’est déroulée le 9 novembre 2023, en amont du Salon du livre et de la presse jeunesse de la Seine-Saint-Denis.

« Ah vous étiez là ? interroge-t-elle. Parfois, j’ai honte d’être à fleur de peau et je m’en suis voulu de ne pas réussir à dire tout ce que je voulais dire. Mais cette nomination est tellement symbolique pour moi. » L’autrice-illustratrice italienne plonge alors dans ses souvenirs et relate son premier Salon de Montreuil. En 1996, là où tout a commencé…

Une sensibilité à fleur de peau

« J’ai été lauréate du concours d’illustrations « Figures Futur ». À l’époque, j’avais 23 ans et je ne parlais pas très bien français, se souvient-elle dans une langue très fluide. Pour la première fois, je gagnais de l’argent avec mes dessins. C’était donc possible ! Je me suis dit : c’est en France que je veux tenter de percer. » Déterminée, l’artiste autodidacte quitte alors son pays natal et s’installe à Paris. Derrière sa sensibilité « à fleur de peau », se cache une ténacité qu’elle ne dément pas. Elle sait ce qu’elle veut. Depuis toujours.

Beatrice – sans accent, elle y tient – Alemagna a grandi à Bologne, la ville italienne de la Foire internationale du livre pour enfants ses parents l’emmenaient. « J’étais sidérée de découvrir que l’on pouvait peindre de façon si narrative », se remémore-t-elle. Depuis, la petite fille qui rêvait de s’appeler orsetta – « je suis un peu ours au fond de moi » – veut raconter des histoires avec des images et des mots.

Dans les années 1990, les auteurs-illustrateurs ne sont pas nombreux et beaucoup d’éditeurs la poussent à s’en tenir à l’illustration. Elle ne les écoute pas. « Cette double narration, je la porte en moi », martèle-t-elle. Elle ne cède pas non plus à la facilité numérique. « Je n’arrive pas à m’ôter la possibilité de l’accident et de l’erreur, argumente-t-elle. J’adore me confronter à la limite de l’outil traditionnel, ce qui est impossible avec la fonction « z » ou « x » d’un clavier. »

Un rapport sensoriel avec son matériel

Elle refuse aussi de s’enfermer dans un style. Celle qui a un rapport « sensoriel » avec son matériel aime dire qu’elle travaille avec ses « viscères ». « À chaque histoire, je cherche obstinément et j’essaye de trouver la meilleure façon de la raconter, détaille-t-elle. Ça passe parfois par de la laine bouillie, de l’huile, du collage, des crayons, les pastels… »

D’un Lion à Paris à Adieu Blanche Neige en passant par Un jour de rien, Beatrice Alemagna a publié une quarantaine de livres illustrés : singuliers, graves, toujours en mouvement, et dont la puissance émotive ne laisse aucun lecteur indifférent. Ils sont explorés et analysés dans une très belle monographie (Alphabet Alemagna, La Partie, 25 €).

Dans son dernier livre illustré (Le top du Top ! École des loisirs, 13 €), elle narre une nouvelle aventure de Pascaline, la petite chauve-souris qui refuse d’aller à l’école. « Je découvre avec elle la légèreté à travers laquelle je peux dire aussi des choses importantes », conclut avec exaltation celle dont le nouveau couronnement incite à surprendre encore ses lecteurs.

>>> Rencontre parue dans Ouest-France le 29 novembre 2023.

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