Trois albums pour se souvenir de l’absurdité de la Grande Guerre

Trois albums pour se souvenir de l’absurdité de la Grande Guerre

Émotion, non sens, effroi… Au programme de cette sélection, une mission secrète, un fusillé pour l’exemple et un musée en papier

Cette semaine est marquée par le centenaire de la fin de la Guerre 14-18. La littérature jeunesse n’a pas attendu les commémorations pour s’approprier ce thème. « Ces périodes tragiques agissent comme des loupes et rendent éclatantes des réalités que la vie aujourd’hui nous masque », commente Timothée de Fombelle.

Dans Capitaine Rosalie, l’écrivain explore le courage d’une petite fille de 5 ans et demi. Dans Petit soldat, Pierre-Jacques Ober transmet des vérités historiques, à travers le destin tragique de Pierre dans une mise en scène remarquable. Plus ludique dans sa forme mais tout aussi réaliste sur le fond, la Guerre en mille morceaux d’Alain Serres et Zaü raconte à hauteur d’enfants quatre années d’effroi à travers des objets réels et le récit d’un soldat imaginaire.

Capitaine Rosalie

Capitaine Rosalie (Timothée de Fombelle, Gallimard jeunesse) est paru une première fois dans le recueil de nouvelles La Grande Guerre, sans illustrations, en 2015. Le texte, un concentré d’émotions sur le courage, la perte et la vérité, est réédité cette année dans un album illustré et c’est une très belle idée de le rendre accessible aux plus jeunes.

Gallimard jeunesse
64 pages, 12,90 €. Dès 5 ans.

Le quotidien sombre d’une petite fille à la chevelure flamboyante est mis en image avec un équilibre fragile et un contraste permanent : d’un côté la guerre, omniprésente, suggérée par un noir charbon et de l’autre, Rosalie, un « Je » volontaire et déterminé, qui se démène du haut de ses cinq ans pour mener à bien sa mission secrète sur l’arrière-front. Pour découvrir la vérité, elle va apprendre la meilleure arme qui soit.

« Je ne pouvais pas faire de cette tragédie quelque chose d’extérieur à Rosalie, quelque chose sur laquelle elle n’a aucune prise », explique Timothée de Fombelle qui adopte le point de vue de la petite fille dans la narration avec justesse. Sa frimousse, tendre et grave, permet aux enfants de s’identifier et de vivre son combat de l’intérieur. Aucune guerre n’épargne pas les enfants. C’est important de leur dire avec tendresse et respect. « Rosalie est la plus forte. Et parce qu’elle a été capable d’atteindre la vérité, elle est capable de l’affronter », conclut l’écrivain.

Petit soldat

Qui sont les ennemis ? Petit soldat (Pierre-Jacques Ober, Jules Ober et Felicity Coonan, Seuil jeunesse) a le mérite de poser la question, de faire prendre conscience de la superficialité de l’uniforme et de rétablir une vérité historique loin de tout manichéisme.

Seuil jeunesse
104 pages, 16 €. Dès 6 ans.

L’histoire coupe le souffle. D’abord, dans sa mise en scène impressionnante. Des soldats de plomb pris en photos avec une maîtrise parfaite de la lumière pour illustrer l’intensité tragique du récit. Ensuite, dans son propos terrible. L’histoire de Pierre, petit soldat parmi des milliers d’autres, qui a osé déserter deux jours pour passer Noël avec sa mère. Pourtant, il était fier Pierre de défendre son pays. Mais l’horreur de la guerre a eu raison de ses certitudes. Des morts à perte de vue, des ennemis qui lui ressemblent, des supérieurs convaincus de le tuer pour l’exemple.

Quel est le sens de la guerre ? Non, décidément, il n’y en a aucun. Et la lettre de Pierre à sa mère l’illustre parfaitement avec des mots simples et criants du bon sens.

La Guerre en mille morceaux

« La mémoire n’est pas un devoir, juste une nécessité pour éloigner la haine et la barbarie. » La devise de Rue du monde s’illustre depuis des années par des albums qui racontent l’horreur de la guerre à hauteur d’enfants.

Rue du Monde
108 pages, 18 €. Dès 8 ans.

La Guerre en mille morceaux (Alain Serres et Zaü, Rue du monde) se situe entre le musée et le documentaire avec, en parallèle, la vie fictive d’un soldat imaginaire enrôlé le 1er août 2014 et qui reviendra en novembre 1918 parmi les siens entre « joie infinie » et « honte de revenir vivant».

Entre ces deux dates, les quatre années de guerre et d’effroi, vécues par le soldat Machin s’écoulent à travers des objets et des photos de l’époque. Subtilement, chaque objet s’intègre dans le récit fictif illustré par le trait expressif de Zaü. Le soldat Machin, un poilu parmi tant d’autres, raconte son quotidien, ses questionnements, les Noëls loin des siens comme tous les autres soldats, les mensonges, les blessures, la folie meurtrière… De quoi discuter longtemps avec les enfants curieux.

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