Double faute, Isabelle Pandazopoulos, Gallimard jeunesse

Double faute, Isabelle Pandazopoulos, Gallimard jeunesse

Dans Double faute, l’auteure propose un roman psychologique et tragique sur terre battue

Isabelle Pandazopoulos aime les livres en général et les livres pour adolescents en particulier. Elle les a découverts adulte dans le cadre d’une formation. « En les lisant, j’ai retrouvé les sentiments intenses de l’adolescence. » À l’époque, elle était encore professeure de lettres dans des zones difficiles où elle jouait le rôle de passeur avec un plaisir non dissimulé.

« Je venais en cours avec une valise ancienne fermée. Je la déposais sur le bureau puis je faisais cours comme si de rien était. À la fin del’heure, j’ouvrais la valise et je laissais les élèves choisir en leur disant : « si le livre ne te plaît pas, tu me le ramènes. J’en ai d’autres. Il y a toujours un livre pour quelqu’un. » Difficile de ne pas succomber à la lueur pétillante qui anime son regard. « Tous lisaient. Ils m’ont tous rendu les livres.»

« J’ai mis très longtemps à oser. »

Si, pour elle, lire est une évidence, écrire en revanche s’est avéré beaucoup plus délicat. « J’ai mis très longtemps à oser. » Aujourd’hui formatrice à l’école supérieure du professorat et de l’éducation (Espe), Isabelle Pandazopoulos a publié, en novembre, Double Faute, son troisième roman adolescent en sept ans. Elle y scrute le sport de haut niveau et la fabrique de champion de tennis.

« La compétition exacerbe une question présente dans toutes les familles : est-ce qu’on laisse son enfant choisir ou est-ce qu’on anticipe ce qu’on voudrait qu’il soit ? », interroge l’auteure.

Dans Double faute, elle propose des pistes de réponses à travers le récit d’Ulysse. À 14 ans, il ose dire stop à son père. Un acte de rébellion vécu comme une trahison par Ludovic, son frère aîné, désormais seul face au tyran. « Jusqu’alors, les deux frères étaient sous l’emprise paternelle mais ils étaient deux à faire front. En disant non, Ulysse se sépare d’un système familial, commente l’auteure de On s’est juste embrassés (2009) et La décision (2013). Ça a dû être très violent pour Ludovic. »

Commence alors pour Ulysse un acharnement pour tenter d’exister sans terre battue sous les pieds. Jusqu’à la tragédie qui plonge de plein fouet et en plein match Ludovic dans le coma. Le père sombre dans l’alcool, la mère quitte son mari et Ulysse tente de se reconstruire.

« Aucune remise en question »

Isabelle Pandazopoulos plonge le lecteur dans une tragédie contemporaine. La relation d’emprise père-fils se nourrit des rivalités et des jalousies orchestrées par la tyrannie patriarcale. « Dans le cercle familial, il n’y a pas de place pour autre chose que le tennis. »

Un constat que l’auteure a elle-même observé. « Je suis allée dans un camp d’entraînement. Les parents considèrent que c’est le plus beau cadeau qu’ils puissent faire à leur enfant. Sans aucune remise en question. » Mais tous les enfants n’accèdent pas à la première place du podium… « Qu’est-ce qui fait qu’à un moment donné, une graine de champion décide d’arrêter ? »

Isabelle Pandazopoulos explore en profondeur les strates psychologiques de son personnage avec une justesse remarquable. La culpabilité, les tiraillements, les contradictions… « L’ambivalence et la complexité me tiennent à cœur, surtout aujourd’hui où elles ont du mal à exister. » Comme avec Aïcha et Louise, les protagonistes de ses précédents romans, sa plume saisit avec acuité les sentiments vifs et exacerbés d’Ulysse. « L’adolescence est l’âge aigu du changement d’identité », conclut Isabelle Pandazopoulos qui promet que son quatrième roman paraîtra bientôt.

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