Dedieu, Guilloppé et Dorléans… Trois artistes incontournables

Dedieu, Guilloppé et Dorléans… Trois artistes incontournables

Dans La Princesse au bois se cachait, Pleine mer et Nous avons rendez-vous, trois coups de cœur, les trois artistes prouvent une nouvelle fois l’immensité de leur talent

La palette des genres et des styles graphiques dans laquelle s’exprime Thierry Dedieu semble inépuisable comme le prouve ce conte tragique et doré ; l’univers d’Antoine Guilloppé prend des couleurs, mais c’est toujours aussi minutieusement magique ; quant à Marie Dorléans, elle nous propose une balade réaliste, nocturne et lumineuse.

La Princesse au bois se cachait, Thierry Dedieu, Seuil jeunesse

Seuil jeunesse
40 pages, 18 €.

Mieux vaut des jumeaux vivants, mais séparés à jamais, ou laisser mourir l’un pour voir grandir l’autre ? Cruel dilemme. Alaric et Hilde ne grandiront pas ensemble. Pour sauver son fils d’une mort certaine, la reine sacrifie sa fille à la sorcière qui l’élève dans la vérité (si elle retourne auprès des siens, son frère mourra). Pour survivre dans les bois, Hilde reçoit un sortilège et peut se métamorphoser en l’animal de son choix. Les années passent et la jeune fille règne sur la forêt. Face à sa beauté furtivement aperçue, Alaric, jeune chasseur fougueux qui ignore tout de cette sœur, succombe au sens propre comme au figuré…

Il y a dans ce conte tous les ingrédients d’une tragédie grecque : le dilemme cruel ; l’amour impossible ; la métamorphose fatale… et ce sacrifice implacable que le destin vient raviver mais en aucun cas enrayer.

Au-delà du texte au ton empreint de gravité et de poésie, la force de ce conte réside aussi dans les illustrations or et noir à l’évocation puissante comme cette mère qui porte à bout de bras son enfant en train de mourir, ou encore le coup de foudre suggéré par ce reflet animal troublé qui vient se frotter au corps dénudé d’une princesse authentique.

Mais la nuisance sanguinaire de la sorcière rode. D’abord explicitement lorsqu’elle expose son chantage sur un fond rouge qui fait ressortir l’effroi d’une mère anéantie. Puis ce rouge refait surface à trois reprises comme un sacrifice indélébile avant une dernière étreinte douloureuse et glaçante de la mère et de sa fille. C’est le prix à payer pour sauver la vie d’Alaric.

Pleine mer, Antoine Guilloppé, Gautier-Languereau

Gautier-Languereau
40 pages, 19,95 €.

Quand elle plonge dans l’océan, Jade devient une actrice à part entière du spectacle magique qui se joue sous les yeux du lecteur. Jade sort le grand jeu. Elle s’enfonce dans les profondeurs émeraude pour atteindre la forêt de coraux minutieusement découpés. Entre les branches, lecteur aperçoit ses palmes et son maillot fuchsia et reste en apnée face à autant de beauté.

Le ballet peut commencer. Jade se fond dans le décor, se laisse emporter par les courants et s’émerveille devant la danse hypnotique d’une méduse géante. Elle en oublierait presque de respirer… Le lecteur aussi qui, comme elle, reprend son souffle sous l’œil rieur des mouettes.

Mais Jade n’en a pas fini. Qu’importent les cris inquiets de ses amis. Elle replonge avec frénésie, se faufile entre des rochers aiguisés, se mélange avec les raies pour descendre profondément avec elles et atteindre ce qu’elle cherchait. Jade ne porte pas le nom d’une pierre précieuse pour rien.

Après Pleine lune, Pleine neige et Plein soleil, Pleine mer est une invitation iodée à s’émerveiller en couleur.

Nous avons rendez-vous, Marie Dorléans, Seuil jeunesse

Seuil jeunesse
40 pages, 14,50 €.

Comment illustrer la nuit dans toute sa luminosité ? Marie Dorléans illumine l’obscurité avec un réalisme saisissant et invite les lecteurs dans une promenade familiale unique qu’un texte concis et précis rend sensitive.

Tous les sens sont en éveil : l’oreille entend le chant des grillons, le nez est chatouillé par l’odeur du chèvrefeuille. Dans le village, les yeux sont irrésistiblement attirés par l’électricité qui scintille à travers les fenêtres. Mais bientôt, l’obscurité domine et le silence s’installe puis se brise pour laisser passer le train avant de recouvrir la forêt dont le souffle se distingue par le bruissement des feuilles.

Les animaux s’étonnent de voir des humains sur leur territoire mais ils ne les craignent pas, la nuit les protège. Le lac reflète la lune, le ciel explose d’étoiles et le faisceau lumineux de la lampe électrique évite les pièges des rochers. C’est sûr, de l’autre côté, le spectacle promet d’être éblouissant !

Après C’est chic ! et Odile ?, deux albums élégants un tantinet absurdes et plein de fantaisies, Marie Dorléans change de registre avec cette balade réaliste qui nous en met plein la vue ! L’album a été distingué, mardi 2 avril à Paris, par le Prix Landerneau 2019.

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