Il était une fois Flore Vesco

Il était une fois Flore Vesco

En six ans et six romans, la romancière s’est fait un nom en littérature jeunesse. Dans son dernier roman D’or et d’oreillers, sa plume règle ses «contes et c’est jubilatoire !

Souvenez-vous du prix dimoitou 2015. De Cape et de mots, c’est elle. Flore Vesco publiait alors son premier roman à 33 ans et recevait souriante et complice avec la mascotte dimoitou son premier prix à la 25e Heure du livre du Mans. « J’en garde un souvenir très ému. Un aller-retour Montreuil-Le Mans dans la journée, c’était court mais hyper intense. Je correspond d’ailleurs toujours avec Elina, l’une des jurées. C’est une lectrice incroyable. Cette année, il me semble qu’elle passe le bac de français… »

Presque six ans se sont écoulés. Flore habite toujours à Montreuil. Sa maisonnette se situe dans une venelle sur les hauts de la ville et est agrémentée d’une petite terrasse ensoleillée. À l’intérieur, une pièce unique fait office de cuisine, de salon, de chambre et de bureau. Tout est à sa place, rien ne dépasse. « J’aime que ce soit rangé », sourit-elle avec une lucidité assumée sur ses habitudes et son côté scolaire.

Une crise à la trentaine

Depuis 2015, Flore s’est coupée les cheveux à la garçonne et a publié cinq autres romans. Et, à 39 ans, elle affiche toujours le même sourire lumineux. « 40, le 16 octobre », précise-telle avec une légère moue avant de se rassurer : « Mais j’ai déjà fait une bonne crise de la trentaine ! » Bien lui en a pris, car c’est grâce à cette crise qu’elle s’est mise à écrire et publier.

A l’époque, Flore était professeure de français, l’aboutissement d’un parcours scolaire et universitaire sans faute. « C’est mon côté, je me mets à faire quelque chose et je le fais bien. J’ai fait des études de lettres parce que j’aimais lire et écrire mais être prof, n’était pas une vocation en soi. Davantage un moyen de gagner sa vie. Je voulais surtout écrire et je pensais pouvoir faire les deux… » Mais ça ne marche pas et à presque 30 ans, elle craque, quitte « l’Éducation nationale, un garçon et la France » (rires) et trouve un job de prof de français dans une université en Slovaquie orientale. « Douze heures de cours réparties en trois matinées, c’était le planning idéal pour commencer De Cape et de mots. » Elle réitère l’année d’après, mais à Malte. « Il faisait plus chaud et l’ambiance était moins monacale. »

Le manuscrit fini, elle l’envoie à de nombreux éditeurs jeunesse. « La littérature jeunesse est le moule dans lequel je me coule le plus naturellement. J’aime les jeunes lecteurs et j’adore écrire des romans pour eux, sans exclure les adultes », explique cette Montreuilloise qui a grandi en même temps que le Salon du livre et de la presse jeunesse . « Tous les ans, j’y allais avec ma classe. Ado, j’avais le droit de faire la nocturne. C’était la fête, avec plein de livres. »

Une langue inventive teintée de féminisme

Les premiers retours des maisons d’édition sont tous négatifs, «  des refus types ou pas de réponse du tout ». Et ça dure au moins deux ans jusqu’au « oui » de Didier jeunesse qui croit en Serine, son héroïne. « Ce personnage de bouffon, je l’avais depuis longtemps. C’est rarement un protagoniste dans les livres et jamais une femme. Or, donner le pouvoir des mots à un personnage féminin, c’est très intéressant… » Et quels mots !

La langue inventive de Flore teintée de féminisme fait mouche. Aussi bien auprès des jurés du Prix dimoitou que de la critique. « Mon entrée dans le monde de l’édition a été assez magique », reconnaît-elle. Le Prix dimoitou est son premier, mais ce n’est pas le seul. Et si le conte n’est pas le thème principal de ce roman d’aventure sans date, il est déjà sous-jacent.

Quatre ans plus tard, c’est la consécration avec le prix Vendredi, le « Goncourt de la littérature jeunesse » qui récompense L’Estrange malaventure de Mirella. Flore s’inspire cette fois librement du Joueur de flûte d’Hamelin, transforme le conte en un roman et invente une langue médiévale mélodieuse pour seoir au mieux avec l’intrique. « Elina l’a relu en tant que « bétalectrice ». Je ne voulais surtout pas perdre mes lecteurs. Elle m’a énormément aidée. »

Surtout, elle dévoile avec ce quatrième roman sa fascination pour les contes. « Le conte est une référence commune, quel que soit l’âge des lecteurs. C’est aussi un iceberg. La partie immergée qu’elle soit moralisatrice, psychanalytique ou intime est énorme. Enfin, c’est une matière souple qui est pensée pour une réappropriation », énumère t-elle avec méthodologie tout en reconnaissant un hic au sujet de la place de la femme dans ces histoires orales…

Alors, elle y remédie à sa façon dans D’Or et d’oreillers, son dernier roman en proposant une version sensuelle (premiers émois et première fois), fantastique (organique et œdipien) et féministe (consentement et équité) de la Princesse au petit pois, une histoire émergée absurde, « une soupe qu’on fait avaler à des fillettes innocentes », précise l’épilogue. Les lectrices (et les lecteurs) d’aujourd’hui méritent la version immergée racontée par Flore Vesco.

D’or et d’oreillers, Flore Vesco, L’école des loisirs, 238 pages,15 €.

>>> Rencontre parue dans dimanche Ouest-France le 18 avril 2021.

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