Broutille, Anne Herbauts, Casterman

Un chagrin, petit ou grand, est un chagrin

Broutille a perdu son chat. Il est triste. Il en parle au cow-boy qui trouve sa perte dérisoire comparée aux siennes. La corbeille lui assure que ce n’est pas bien grave et elle sait de quoi elle parle. Des pleurs pour un chat ? Que ferait Broutille s’il n’avait plus de pays ? L’ogre ne pense qu’à son estomac tiraillé par la faim, le marchand lui propose des chats à acheter, le chef de bord a d’autres chats à fouetter… Broutille décide de cacher son chagrin ce qui n’est pas de l’avis du chien.

Une émotion profonde et sincère se dégage de cet album à dimension philosophique. La tristesse se partage-t-elle ? Comment vivre avec l’absence et le vide ? La perte peut-elle être comblée ?  Broutille ne trouve aucune oreille pour se confier. Autocentré, intéressé, affamé, fatigué, esseulé, occupé, désemparé, frigorifié… Chaque personnage rencontré a de très bonnes raisons de ne pas l’écouter.

Les images sont contrastées entre le trait naïf qui croque un Broutille innocent et authentique, et les portraits complexes des autres personnages, blasés et imperméables à sa détresse, où se mélangent plusieurs techniques. A chaque double page, se cachent des détails (les clefs sur la veste du cow-boy), des références (les contes), des évocations  : l’immigration (l’homme sans pays), la société de consommation (les chats objets à vendre), le temps qui passe (le tableau sur lequel on aperçoit la vieille dame lorsqu’elle était jeune).

Broutille, qui prend conscience des vies compliquées des adultes, finit par se persuader que son malheur ne vaut rien. Pourtant, sa peine l’habite et ne semble pas vouloir le quitter. C’est finalement un chien (un comble pour un chat perdu) qui le comprend. Mieux encore, il sait comment soulager sa peine et lui propose une belle façon de garder à jamais le souvenir de son chat sauvage, libre et heureux à en croire la quatrième de couverture.

Casterman
Broutille d’Anne Herbauts, Casterman, 32 pages, 13,90 €. Dès 3 ans.

 

Articles similaires

Des albums jeunesse par milliers

Des albums jeunesse par milliers

Les Derniers branleurs de Vincent Mondiot lauréat du prix Vendredi

Les Derniers branleurs de Vincent Mondiot lauréat du prix Vendredi

« Le XIXe est un siècle extrêmement dur pour les femmes »

« Le XIXe est un siècle extrêmement dur pour les femmes »

Soleil glacé, Séverine Vidal, Robert Laffont

Soleil glacé, Séverine Vidal, Robert Laffont

No Comment

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Abonnez-vous à Livresse

Blogs autour de la littérature jeunesse

Blog Coup de Cœur Chapitre.com
Livresse a été sélectionné comme Blog Coup de Cœur par Chapitre.com