Eben ou les yeux de la nuit d’Elise Fontenaille

Et sa version adulte Blue Book, un récit historique sur un génocide terrible et méconnu

Eben, un ado namibien, a la peau noire et des yeux bleus. Un métissage qui date de l’époque coloniale au début du XIXe siècle. Son aïeul n’est autre que celui qui a massacré son peuple en 1904… Depuis qu’il sait, il tente de se construire mais la colère ne cesse de monter. Il doit agir pour la calmer et tenter de rendre justice aux Hereros exterminés par les colons allemands…

Elise Fontenaille aime écrire pour les ados et ça se sent. Passionnée et passionnante, elle partage avec eux une connivence palpable à travers ses écrits. Elle les secoue sans les plomber, elle les informe sans les ennuyer, elle les comprend sans les juger.

Ce nouveau roman court – presque une nouvelle – mêle fiction et réalité historique pour dénoncer un crime méconnu dans le sud ouest africain, l’actuelle Namibie. Il pose aussi la question – cruciale à l’adolescence –  de la construction identitaire.

Pour dimanche Ouest-France, j’ai passé un chouette moment avec elle au téléphone. Car Élise Fontenaille est aussi une auteure accessible, disponible et dynamique. Son enthousiasme est communicatif.

Depuis cet entretien téléphonique, j’ai lu Blue Book, un récit historique qui raconte la même histoire sous l’angle d’une enquête minutieuse et qui redonne vie à un rapport volontairement détruit (le premier rapport officiel Blue Book fut soustrait à la connaissance du public en 1926). Contrairement à Eben où elle épargne ses jeunes lecteurs de l’horreur sans édulcorer la réalité, dans Blue Book tout est dit dans le moindre détail. Et a une résonance effroyable avec le présent et les massacres de Boko Haram au Nigeria, même si le contexte et les armes n’ont rien à voir. Mais en matière de monstruosités, les uns n’ont rien à envier aux autres.

Mieux vaut éviter de lire ce récit le soir sous peine d’avoir des difficultés d’endormissement (c’est du vécu !) mais c’est un livre à lire absolument. Terrible et utile. Il était plus qu’urgent de ranimer ce pan d’histoire volontairement dissimulé et de dénoncer ce génocide où est né le nazisme… D’abord pour la mémoire des Hereros et des Namas. Mais aussi pour construire le présent.

Pour conclure, cette citation d’Aimé Césaire, tirée d’un très bon article sur Blue Book dans Libération.fr :

«Ce que le très distingué, très humaniste, très chrétien bourgeois du XXe siècle […] ne pardonne pas à Hitler, ce n’est pas le crime en soi, le crime contre l’homme, ce n’est pas l’humiliation de l’homme en soi, c’est le crime contre l’homme blanc, et d’avoir appliqué à l’Europe des procédés colonialistes dont ne relevaient jusqu’ici que les Arabes d’Algérie, les coolies de l’Inde et les nègres d’Afrique.»

 

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