Jefferson, Jean-Claude Mourlevat, Gallimard jeunesse

Jefferson, Jean-Claude Mourlevat, Gallimard jeunesse

Un roman policier, drôle, féroce et tendre qui mélange les animaux et les hommes et dénonce avec subtilité la domination cruelle des uns sur les autres.

Gallimard jeunesse
Jefferson, Jean-Claude Mourlevat, Gallimard jeunesse, 272 pages, 13,50 €. Dès 9 ans.

C’est l’histoire d’un hérisson qui décide de se rendre chez le coiffeur… Absurde ? Peut-être. Mais cette phrase suffit à Jean-Claude Mourlevat pour la continuer et la transformer en une histoire incroyable, drôle et engagée : un polar animalier, une enquête truculente, une investigation chez les humains.

Jefferson, ledit hérisson, est soupçonné injustement du meurtre de M. Edgar (le coiffeur blaireau qui n’aura même pas eu le temps de lui couper la houppette). Il faut dire que les preuves contre lui sont nombreuses, sans parler du témoignage accablant de la chèvre, pourtant endormie pendant la scène du meurtre.

Heureusement, son ami fidèle, le porcelet Gilbert à l’incroyable trogne épanouie, le croit, lui. Il voit même dans ce tragique événement, l’occasion rêvée de sortir de l’ennui et de vivre une aventure passionnante et piquante (forcément !). Le seul moyen de prouver l’innocence du hérisson est de trouver le coupable ! Élémentaire mon cher Jefferson qui, au départ, se montre un peu frileux mais a-t-il vraiment le choix ?

Des personnages fantaisistes et attachants

Les deux compères vont suivre leur instinct et le seul indice croisé par Jefferson juste avant de découvrir le corps du M. Edgar : deux hommes dans une voiture à la conduite suspecte. Ils s’inscrivent à un voyage organisé, un car rempli de personnages fantaisistes et attachants, pour se rendre dans le pays des humains, à Villebourg, plus précisément. Ils retrouvent la maison où se rendait régulièrement M. Edgar. Et découvrent au cour de leur enquête un sombre et cruel trafic à faire perdre la totalité des piquants de tous les hérissons du monde.

Attention, il y a des scènes presque insoutenables mais racontées avec humour et autodérision ce qui les rend, du coup, tout à fait supportables voire hilarantes. Les rebondissements et le suspense sont à la hauteur de l’enjeu. Le tout donne un roman tendre, drôle, féroce, fantasque… Et aussi un peu engagé.

Certes, tout est inventé et imaginé au fil de la plume de l’écrivain (qui « n’est pas un militant », rappelle Jean-Claude Mourlevat), mais le propos s’inspire malgré tout d’une réalité institutionnalisée en France qui « révulse » l’écrivain et qui donnera peut-être envie aux lecteurs de s’intéresser de plus près à la cause animale. Mais avant, c’est sûr, ils trembleront et se bidonneront avec Jefferson et Gilbert !

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2 Comments

  1. Grand admirateur de Mourlevat, c’est par votre site que j’ai appris qu’il avait sorti un nouveau roman ! Merci beaucoup.
    Je vous rejoins tout à fait sur ses qualités (notamment l’art de décrire avec humour des scènes assez difficiles). Cependant, la fin m’a un peu tantinet déçu. Peut-être un peu trop moralisatrice. Il laissait davantage l’opportunité au lecteur de comprendre l’intensité du message dans « Le Combat d’hiver »…

    • Bonjour

      Un grand merci pour votre commentaire qui propose un autre regard argumenté que le mien pour les lecteurs de Livresse. De mon côté, je n’ai pas ressenti ce côté moraliste qui vous a gêné à la fin du roman. J’ai trouvé cette « happy end » surtout adaptée au public junior auquel il s’adresse en premier.
      Jefferson est pour moi un roman familial qui, je l’espère, sera un jour disponible en version audio, lu par Jean-Claude Mourlevat lui-même, comme l’a été La Ballade de Cornebique. Un plaisir d’écoute en perspective pour les longs trajets en voiture.
      Quant au Combat d’hiver, je vous rejoins sur son intensité. Je garde un souvenir prégnant de sa lecture et votre remarque me donne envie de le relire. Mais ce roman s’adresse, pour moi, à des lecteurs plus âgés, adolescents mais aussi adultes. En tout cas, grâce à vous, y repenser m’a procuré un réel plaisir.

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