Karoo boy

L’autre roman du Sud-Africain Troy Blacklaws, conseillé par Marie avec enthousiasme. À mon tour d’en faire autant !

Point de départ. La famille de Douglas est réunie sur la plage de Sunrise au Cap. C’est Noël et l’été bat son plein dans l’hémisphère sud. « L’atmosphère est remplie de l’odeur d’huile solaire à la noix de coco et des travers de porc sur le braai (barbecue). » Les hommes jouent au cricket sauf Mardsen, le frère jumeau de Douglas qui dessine près de sa mère. Son père et son oncle se moquent de lui. De rage, Mardsen rejoint le groupe des joueurs, récupère la batte dans les mains du cousin Dirkie et se prépare à recevoir la balle. Celle envoyée par son père qui dessine un arc de cercle et croise le soleil. Celle que Mardsen, ébloui, reçoit sur la tête dans un bruit sourd avant de s’effondrer dans le sable. Mort. Tué par une balle. Un accident.

Perte et exil. Comment grandir sans son frangin, sa copie conforme, son alter ego ? Douglas raconte le quotidien oppressé par l’absence, le couple parental qui ne surmonte pas l’épreuve, l’abandon du père, l’instinct de survie de la mère qui décide d’emmener son fils loin du drame, loin du Cap et de la mer, pour fuir, se reconstruire et vivre malgré tout. Douglas se retrouve dans le Karoo. Il fait la connaissance de Marika, une adolescente au caractère rebelle, et Moses, le pompiste noir, prisonnier de ce village depuis que des fermiers blancs lui ont volé son laissez-passer pour avoir le droit de circuler dans le pays.

Apprentissage. Malgré le deuil impossible, l’absence du père, l’éloignement de sa ville natale, l’hostilité de ses camarades de classe, Douglas survit sous le regard bienveillant et la sagesse du vieux Moses et grâce à l’amitié de Marika. Décryptage du monde qui l’entoure, prise de conscience, premiers émois, éveil des sens…

Apartheid. À la fin des années 70, les lois de l’apartheid régissent le quotidien des Sud-Africains jusqu’à interdire aux nounous noires de manger dans la même vaisselle que ses employeurs ou de dormir dans leur maison. Même s’il ne s’agit pas du sujet principal du roman, cette réalité politique est présente en toile de fond et donne à voir toute son aberration, son injustice et sa violence sans tomber dans une lecture simpliste.

Sensuelle. Troy Blacklaws a son pays dans la peau et le décrit de telle sorte qu’il sollicite tous les sens du lecteur dès les premières pages : la vue, l’ouïe, l’odorat, le goût et le toucher, aucun n’y échappe. Y aurais-je été aussi sensible si je n’avais pas moi-même un lien avec l’Afrique du Sud ? Je le pense car j’adore cette écriture charnelle et sensuelle, au rythme ciselé. Dans un article du Monde paru en 2006, la journaliste écrit « Troy Blacklaws mélange les sens, de sorte que l’on « entend » les couleurs et que l’on « voit » les sons »…

Fin. Je ne dirai rien mais elle me bouleverse encore.

Pour info

PS1. Marie est ma prof de danse et une lectrice avisée. En reparlant avec elle de Troy Blacklaws, elle a réussi à susciter à nouveau mon intérêt pour lire Karoo Boy que j’avais délaissé l’année dernière pour des raisons pragmatiques (manque de temps) au profit d’Oranges sanguines, à l’écriture plus intimiste.

PS2. L’illustration est une photo prise par moi-même dans le Karoo en 1996…

PS3. Je compte bien inviter mon fils Gabin, 16 ans, à le lire mais pas tout de suite car il n’a pas encore lu Oranges sanguines. « Au mois d’août, promis ! » m’a-t-il dit…

 

Flammarion
Karoo boy, Troy Blacklaws, Flammarion, 249 pages, 19, 30 € ou en poche, Points, 6,50 €. Paru en France en 2006. Pour les grands.

 

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