La tête ne sert pas qu’à retenir les cheveux de Pauline Penot et Sabine Panet

Un roman qui traite avec tact, précision et humour une tradition archaïque qui mutile le corps des femmes

Awa a échappé au mariage arrangé (lire Le cœur n’est pas un genou que l’on peut plier) mais elle n’a pas fini de se confronter aux traditions archaïques de ses origines. Des douleurs dans le ventre l’incitent à consulter une gynécologue au planning familial. Elle découvre à cette occasion l’excision, une pratique qu’elle ne connaissait pas mais que son corps a subie alors qu’elle n’était qu’un bébé. Dans la tête d’Awa, c’est un cataclysme. Une rage qu’elle va tenter de canaliser pour éviter à Amayel, sa petite sœur de huit mois de subir le même traumatisme…

Même si le sujet de ce roman est dur dans son propos, retrouver Awa, Ernestine, leur mère et leur tante Dado est un vrai plaisir. Se retrouver au cœur de la famille Bocoum est le meilleur moyen de tordre le cou aux jugements hâtifs et aux préjugés.

L’excision est une pratique illégale, qui mutile le corps des femmes mais encore faut-il le savoir. La prise de conscience de chaque femme excisée de cette histoire est plus déterminante que toutes les injonctions. C’est par elles, et elles seules, que cette pratique mutilatrice pourra être définitivement irradiée. Et ce n’est pas qu’une question de génération.

Ernestine rêve de devenir actrice et découvre la réalité étriquée des castings qui, en termes de stéréotypes, n’a rien à envier aux autres. Heureusement, elle peut compter sur le soutien de son ami Jacob, dont l’esprit aiguisé donne du fil à retordre au rabbin.

Dado, amoureuse, doit chercher un nouvel équilibre à sa vie sans compromettre sa liberté. Attachée à la famille, elle veut rencontrer celle de Marcel et découvre le racisme en personne dans un pavillon provincial (la scène est supportable grâce aux remarques décalées et inattendues d’Ernestine qui testent ses hôtes, mais la réalité fait froid dans le dos).

Cette chronique familiale réjouissante bouscule les idées reçues que l’on trimballe inconsciemment et ça fait un bien fou. Le tout est écrit dans un style rythmé par de nombreux dialogues, pertinents et caustiques, qui se relisent volontiers pour ne rien louper.

 

 

 

Thierry-Magnier
La tête ne sert pas qu’à retenir les cheveux, Sabine Panet et Pauline Penot, Thierry-Magnier, 244 pages, 14 €. Dès 14 ans.

 

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