Les Palsou, André Bouchard, Seuil jeunesse

Un conte de Noël dans un bidonville, ce n’est pas banal et ça fait du bien…

La famille Palsou ne porte pas ce patronyme par hasard. Dès la première double page, la situation financière des six bouches à nourrir est explicite par les images qui interprètent un texte implicite narré par Charles, un des quatre enfants. Obligés de glaner à la fin du marché, les parents font de la peine à voir mais l’insouciance de leurs enfants colorés tempère le propos.

Car si côté adulte, la pauvreté pèse une tonne, la capacité des enfants à vivre sans s’en préoccuper est impressionnante. Ça se corse un peu lorsque les faux Pères Noël se multiplient dans le bidonville. Là, Charles n’est pas dupe. « On reconnaît un faux Père Noël à sa mine déconfite et à son regard triste. » Père Noël ou pas, la société de consommation rend malheureux.

À moins d’avoir une force intérieure joviale, comme Monsieur Nicolas. Faute de donner des choses qu’il ne possède pas, il transmet aux enfants des savoirs et des savoir-faire qu’il maîtrise parfaitement. Sauf les langues. Là, les enfants se débrouillent entre eux, c’est l’avantage d’habiter dans un bidonville. On est tous pauvres mais on ne parle pas tous la même langue.

Reste que Noël approche et les mines déconfites des adultes risquent de gâcher la fête… Henri, le frère de Charles, décide de créer une école du rire, obligatoire pour les plus 20 ans. Au bout d’une semaine, aucun élève ne fait de progrès et l’école ferme.

À ce stade de l’album, un coup de pouce s’impose pour éviter la déprime. Ou plutôt une marmite magique capable de redonner un vrai sourire à la famille Palsou et des couleurs aussi. C’est plus facile de rire avec le ventre plein.

L’histoire pourrait s’arrêter-là mais il suffit parfois d’une seule personne, vexée et malveillante, pour nuire aux autres… À moins d’être plus rusée qu’elle.

Le livre se termine par un réveillon de Noël si bien réussi que les adultes se mettent à… pleurer de joie. Indécrottables ces adultes, ils ont vraiment du mal à rire ! Et le Père Noël dans tout ça ?

Une double narration texte-images, des contrastes signifiants (couleur et noir et blanc), une pointe d’ironie, une quantité non négligeable de pertinence et de bon sens teintés d’humour… André Bouchard propose, aux petits comme aux grands, un conte de crise (économique et migratoire), qui ne fait pas que rire. Il invite aussi à réfléchir et permet, malgré tout, de croire à la magie de Noël.

Seuil jeunesse
Les Palsou, André Bouchard, Seuil jeunesse, 40 pages, 13,50 €. Dès 5 ans.

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