Naya ou la messagère de la nuit, Philippe Lechermeier et Claire de Gastold, Thierry-Magnier

Un conte rusé et onirique, aux illustrations éclatantes et au texte ciselé, que l’on n’oublie pas

Naya possède un don. Celui de souffler des rêves dorés dans les sommeils agités. Elle vit dans un univers harmonieux et flamboyant où cohabitent les animaux et les humains. Elle grandit douée d’un savoir-faire qui n’échappe pas au sage du village. Il lui transmet son art, elle le rend heureux. Jusqu’au jour où le vieil homme entrevoit la guerre s’approcher du village et la défaite dans son sillage. L’humeur du sage se ternit mais Naya ne s’avoue pas vaincue. Elle tente de prévenir les hommes du village du danger imminent. En vain. La guerre n’est pas une histoire de femmes. Vraiment ?

La richesse de cet album narratif réside dans son propos universel et ses illustrations signifiantes. Il propose de réfléchir sur une vision de l’humanité où les dominations des uns ou des autres sont à proscrire au profit de l’intelligence collective et où chacun peut trouver sa place sans empiéter sur celle de l’autre.

Il met en avant une ingéniosité subtile, tendre et efficace portée par une douce effrontée qui ne craint pas de bousculer les normes établies pour les améliorer et sauver celui qu’elle aime.

Car si l’on excepte la relation maître élève qui se moque bien des sexes et de la verticalité, le clivage homme femme est bien présent dans ce conte et la domination du sexe masculin réelle.

En témoignent les statuettes, uniquement masculines, et cette double page où Naya tente d’avertir les hommes du village qui la dominent par leur taille. À côté, des femmes assises observent la scène sans broncher.

Quelques pages plus tard, grâce à la ruse de Naya, à sa force intérieure (symbolisée par la lionne qui répond subtilement au bouclier de son amoureux sur laquelle est peinte la tête d’un lion) et à son don discret, les hommes ne dominent les femmes que parce qu’elles les portent pour les sauver.

Une telle histoire ne peut que se terminer que par une égalité parfaite (à quelques millimètres près) entre Naya et l’élu de son cœur. Et ce n’est plus un rêve.

Un conte à lire à voix haute pour apprécier la musicalité des mots.

Thierry-Magnier
Naya ou la messagère de la nuit, Philippe Lechermeier et Claire Gastold, Thierry-Magnier, 40 pages, 17 €. Dès 5 ans.

 

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